À propos du facteur d’orgues
Frédéric Jungk :
- éléments biographiques :
- sa conception de l’orgue :
- ses débuts à Perpignan :
- essai d’inventaire de ses orgues neufs :
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Une restauration nécessaire...
Lors de son inauguration en 1851, l’orgue de la cathédrale de Toulon était un des plus beaux instruments construit par le facteur toulousain Frédéric Jungk ; aujourd’hui encore, ayant conservé la plus grande partie de son matériel d’origine (tuyauterie, sommiers, soufflerie), il est l’un des rares témoins du travail de cette maison.
L’orgue de 1851 était un instrument parfait, typique et caractéristique de la facture romantique du milieu du XIXe siècle, intégrant tous les perfectionnements mécaniques acquis de 1820 à 1850 et conservant une composition riche de nombreuses sonorités, encore inspirée par la facture classique du siècle précédent.
Les travaux effectués par la suite n’ont été justifiés que par des modes, d’esthétique ou de facture. Loin « d’améliorer » l’instrument — ce qui nécessiterait une notion de « progrès » bien difficile à établir en matière artistique ! —, ces interventions condamnables, inopportunes et mutilantes ont défiguré le grand buffet néogothique, tronqué la riche palette des sonorités variées, alourdi les mélanges ; elles ont progressivement dénaturé l’instrument, lui faisant perdre tout ce qui constituait son originalité.
Cet instrument mérite, par son caractère éminemment historique, d’être restauré. Le meilleur projet ne peut consister qu’en une restitution de l’orgue romantique dans toute la richesse de sa composition initiale. Un relevé des tailles de tous les tuyaux et de la structure du plenum permettra de mieux saisir le projet du facteur ; le reclassement de la tuyauterie existante rétablira des jeux apparemment dispa-rus mais en fait dispersés de-ci de-là et dont l’existant donnera toutes les indications pour reconsti-tuer le manquant.
La tuyauterie du pédalier est disposée sur deux sommiers situés contre le mur du fond de la nef, de part et d’autre de la boîte expressive.
Ci-dessus à gauche : sommier est. Ci-dessus à droite : sommier ouest.
La tuyauterie du positif est disposée sur deux sommiers conjoints juste en arrière de la partie centrale du buffet : on aperçoit le haut des tuyaux de sa façade en haut et à gauche de la photo ci-contre.
On voit également, au premier plan et à gauche, l’extrémité du sommier des petits tuyaux du grand-orgue côté ouest ; au fond, ceux de l’est.
Sur les deux photos ci-dessous à gauche :
côté ouest de la tuyauterie du positif.
Sur les deux photos ci-dessous à droite :
côté est de la tuyauterie du positif.
La disposition est identique pour les deux som-miers de grand-orgue placés à l’ouest.
A gauche : les grands tuyaux, dans la tourelle latérale.
Ci-dessus : les plus petits tuyaux, surmontés par le postage du cornet.
La tuyauterie du récit est contenue dans une grande boîte expressive
disposée contre le mur du fond de la nef et au milieu de celui-ci.
À gauche : la boîte expressive
À droite : tuyauterie du positif
La façade du positif, autrefois disposée sur le devant de la tribune, a été réutilisée pour former la façade centrale du nouveau buffet.
Tuyauterie du clavier de grand-orgue, côté est.
Les sommiers du grand-orgue sont disposés contre les parois latérales du buffet, dans l’axe de la nef. Il y a deux sommiers à l’est et deux à l’ouest. Sur chacun de ces côtés, les tuyaux les plus graves sont dans les tourelles latérales, en avant du buffet.
Ci-dessus à gauche : sommier des grands tuyaux.
Ci-dessus à droite : sommier des petits tuyaux.
Ci-dessous à gauche : extrémité du sommier des petits tuyaux.
Ci-dessous à droite : cornet posté.
L’orgue actuel
L’orgue de Frédéric Jungk (1851) a été bien dénaturé par la suite...
Le buffet, avec grande tourelle centrale et deux tourelles latérales avait l’inconvénient d’occulter la lumière venant de la verrière : il a été entièrement reconstruit avec deux grandes tourelles latérales.
L’orgue romantique de Jungk est ensuite devenu symphonique avec machine Barker, puis néoclassique électrifié... Et il serait bien difficile de caractériser l'esthétique à laquelle il se rattache aujourd'hui !
L’orgue Frédéric Jungk de 1851
En 1844, l’orgue de Borme avait bien vieilli. Outre les inévi-tables décollements dans les sommiers, fuites dans les circuits d’air, faiblesses de la mécanique et détériorations des tuyaux, les goûts avaient considérablement évolué et une nouvelle esthétique musico-liturgique avait vu le jour.
En février 1847, une première convention fut établie entre le conseil de fabrique et le facteur Frdéric Jungk, pour un instrument de quarante jeux, devant être livré à la Noël 1847. Mais, en raison de difficultés de toute sorte qui ne cessèrent de s’accumuler, l’inauguration n’eut lieu que le mardi 27 mai 1851.
Composition :
― clavier de grand-orgue, 54 notes d’ut à fa, 18 jeux : montre 16, montre 8, prestant 4, doublette 2, plein-jeu 5 rangs, cymbale 2 rangs, bourdon 16, bourdon 8, flûte 8, flûte octaviante, viole de gambe 8, dulciana 4, cornet 5 rangs, trompette 8 de grosse taille, trompette 8 de taille ordinaire, clairon 4, basson-cromorne 8, euphone 16 ;
― clavier de positif, 54 notes d’ut à fa, 9 jeux : bourdon 8, prestant 4, doublette 2, fourniture 3 rangs, salicional 8, salicional 4, nasard 54, trompette 8, euphone 8 ;
― clavier de récit expressif, 42 notes d’ut à fa, 9 jeux : bourdon 8, flûte 8, flûte harmonique, octavin, cornet 3 rangs, trompette 8, hautbois 8, cor anglais 8, voix humaine, tremblant doux ;
― pédalier, 18 notes d’ut à fa, 5 jeux : flûte 16, flûte 8, bombarde 16, trompette 8, clairon 4.
Cette composition développée offrait trois plans sonores bien constitués :
— le grand-orgue très fourni : plenum développé sur la montre 16, soit quatre principaux 16-8-4-2 enrichis de sept rangs de mixtures ; un dessus de grand cornet ; des jeux d’anches pour l’ensemble (deux trompettes et clairon) ou le détail (cromorne, euphone) ; les jeux de fonds sont très marqués par la nouvelle esthétique (il « manque » une flûte 4) ;
— le positif le répliquant avec un plenum encore fourni ;
— le récit riche de jeux de détail.
La pédale semble alors « étriquée », à la fois dans sa composition et surtout dans son étendue, même si elle pouvait bénéficier de l’accouplement avec les manuels.
Au dessus du pédalier étaient disposées huit grandes pédales en fer offrant diverses commodités :
— pédale 1 : appel et annulation des anches du pédalier ;
— pédale 2 : appel des anches du grand-orgue ;
— pédale 3 : annulation des anches du grand-orgue ;
— pédale 4 : accouplement des trois manuels au pédalier ;
— pédale 5 : accouplement positif – grand-orgue ;
— pédale 6 : accouplement grand-orgue – récit ;
— pédale 7 : appel et annulation des anches du récit ;
— pédale 8 : expression et tremblant doux.
Pour l’historique des différents instruments de la cathédrale, voir ma monographie :
« Le grand orgue de la cathédrale de Toulon ».
Barrallier (C. F.),
Intérieur de la Cathédrale
1824
(lithographie polychrome,
format 31 x 28 cm).
On voit, derrière le maître-autel, un beau buffet d’orgues à cinq tourelles « en V ».
Les orgues anciens de la cathédrale
Au Moyen Âge et à la Renaissance
L’église romane primitive, avec sa nef flanquée de deux bas-côtés, était orientée d’Ouest en Est et le chœur venait buter sur le rempart qui fermait la ville. Les fidèles entraient à l’Ouest, par la Tour de Fos, aujourd’hui chapelle de la Sainte-Croix. Cette église correspondait donc aux trois dernières travées de l’actuelle cathédrale.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles
Le premier instrument connu fut construit entre 1635 et 1637 par les frères André, Dominique et Gaspard Eustache, la réalisation du buffet ayant été confiée aux menuisiers locaux Jean Lionel et Henric Canar. Cet instrument, qui présentait deux plans sonores, grand-orgue et positif, devait compter une dizaine ou une douzaine de jeux.
La cathédrale actuelle fut construite de 1654 à 1659 en réu-nissant l’église romane à la chapelle toute voisine des Saintes-Reliques – actuelle chapelle de la Vierge – et en complétant le tout par le sanctuaire et la chapelle du Corpus Domini.
L’orgue fut disposé d’abord sur une tribune placée contre le mur du collatéral droit, à l’entrée de l’actuelle chapelle du Saint-Cœur de Marie, édifiée en 1695 pour faire usage de sacristie.
Mais il avait dû apparaître rapidement que ce petit orgue était mal situé, peu audible ou encombrant, et il fut transporté, avant 1682, au fond du chœur, derrière le maître-autel. Il disparut entièrement dans la tourmente révolutionnaire : désaffectée, transformée en magasin pour le matériel militaire et en grenier à sel, l’église ne fut rouverte au culte catholique que le 5 septembre 1802.
Au XIXe siècle
Le Concordat conclu le 15 juillet 1801 à Paris entre les représentants du Premier consul et ceux du pape Pie VII, après que celui-ci eût reconnu la République française, permit le rétablissement de la religion catholique. L’église Sainte-Marie fut rendue au culte et son premier curé, l’abbé Vigne, eut fort à faire. En 1807, il traita avec le facteur marseillais Thomas-Laurent Borme, qui travaillait avec son fils Jean-François-Marie : ils édifièrent un orgue de trois claviers, disposé au fond du chœur, terminé en 1809, et qui fut transporté, en 1828, sur une tribune édifiée au dessus du portail d’entrée.
État de cet orgue en 1844 : deux buffets, un grand corps avec montre de huit pieds et un positif avancé avec montre de quatre pieds ; des sommiers en bois de chêne ; quatre soufflets cunéiformes ; trois claviers manuels : positif, grand-orgue, récit ; un pédalier de dix-huit notes d’ut à fa ; et trente et un jeux, dont quelques-uns en fer blanc. Composition :
— Positif (8 jeux) : montre 4, doublette 2, fourniture 3 rangs, bourdon 8, nasard 3, tierce, hautbois 8, cromorne 8 ;
— grand-orgue (13 jeux) : montre, autre montre 8, prestant 4, doublette 2, fourniture 3 rangs, cymbale 2 rangs, bourdon 8, flûte 8, flûte 4, cornet 5 rangs, trompette 8, autre trompette 8, clairon 4 ;
— récit (5 jeux) : cornet de 5 rangs réparti sur trois registres, trompette 8, voix humaine ;
— pédalier (5 jeux) : flûte 12, flûte 6, bombarde 16, trompette 8, clairon 4.