Le village de La Garde, sur son rocher, au pied du mont Coudon
(aquarelle anonyme du début du XXe siècle)
Les autres textes
Les récits qui accompagnent Jacqueline ont été choisis de manière à illustrer la Provence varoise, dans les quatre villes et villages que Jean Aicard a fréquentés : La Garde, qu’il habita de manière continue de 1873 à 1916, dans la jolie bastide des Lauriers-Roses ; mais aussi Toulon, la grande ville maritime où il naquit en 1848 et passa son enfance et son adolescence ; également Bandol, qu’il eut l’occasion de connaître lorsque son grand-père Jacques s’y installa ; et enfin Solliès-Ville, où il établit sa villégiature à la fin de sa vie.
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Ainsi formé de textes rares ou inédits, ce recueil illustre des facettes intimistes et cachées du talent d’un écrivain qui, bien que familier des cercles littéraires de la Capitale où il passait plusieurs mois de l’année, n’a jamais oublié sa terre natale, ses concitoyens les plus humbles dont il partageait le quotidien, ni ses racines gauloises et latines. Dans ces courtes pièces – contes, nouvelles, poèmes – l’auteur exprime librement son bonheur d’appartenir à une race fière, joyeuse et indépendante, parfois frondeuse et belliqueuse, mais toujours prête à manifester les belles vertus humaines et les élans les plus généreux.
Jacqueline, une belle histoire
Fort du succès de librairie de ses Jeunes Croyances, Jean Aicard voulut probablement s’essayer aussi à la prose et il paraît avoir remis un manuscrit à l’éditeur parisien Champion. Toujours est-il que cette bluette intitulée Jacqueline et datée « Toulon, Septembre 67 » n’a jamais été publiée mais fut précieusement conservée par Édouard Champion… et échoua dans la boutique d’un antiquaire de Los Angeles... chez qui j’ai retrouvé cet autographe totalement inconnu de Jean Aicard !
Jacqueline, c’est une très belle histoire d’amour entre deux jeunes gens de La Garde : Jacqueline, la fille de maître Brun Mathieu, propriétaire d’une petite ferme, et Pierre lou pastre, qui garde les moutons et les chèvres d’un riche éleveur. Pour occuper ses longues veillées solitaires, Pierre a appris à jouer de la flûte traversière et a mémorisé un répertoire d’airs à la mode. Aussi, les soirs de fête, après avoir confié son troupeau à Jean le fada, l’idiot du village, il se rendait dans les bourgs et hameaux voisins pour animer les bals populaires.
Jacqueline est promise au fils de maître Toucas, mais elle découvre peu à peu en ce fiancé choisi par son père un vaniteux sans ambition, trop pressé de partir s’établir comme valet à Toulon. Aussi, lui préfère-t-elle le bon Pierre le pâtre, homme libre et fier, amoureux de la vie campagnarde.
Dans ce récit, Jean Aicard manifeste une grande connaissance des lieux. La Garde est, en effet, le village habité par sa demi-sœur, Jacqueline Lonclas : celle-ci, jeune veuve sans enfants, a reporté toute son affection sur son demi-frère qu’elle a recueilli dans sa bastide des Lauriers-Roses. L’auteur dépeint longuement le village et ses alentours, le rocher et sa chapelle romane, les hameaux et leurs fermettes, les pâtures du Pin-de-Galles et la rivière des Amoureux.
Jean Aicard, quoique peu avancé en âge, développe également une analyse psychologique très fine de ses personnages qui, par leurs caractères et leurs travers, reproduisent des types populaires et peut-être même des villageois ayant réellement existé.
Les traditions et usages locaux ne sont pas oubliés : la vie à la ferme avec ses travaux quotidiens, la vendange et ses rites, le travail du berger, l’orage ou la fête de la Saint-Maur d’hiver avec danseurs et tambourins font l’objet de descriptions pittoresques et imagées qui prouvent l’amour de l’adolescent pour ses concitoyens les plus humbles et la modeste bourgade qui l’accueille.
Voici une bien belle histoire où un prosateur novice dévoile déjà de grandes qualités humaines et littéraires qui annoncent l’écrivain qu’il deviendra et qui connaîtra la célébrité, quelques années plus tard, avec la publication de ses Poèmes de Provence, en 1873.
Contes et récits
de Provence
Marseille, éd. Gaussen, 2010
in-8°, 14,5 × 22 cm
206 pages
20 €
ISBN 978-2-356980-16-8
Contes et récits de Provence
Textes de Jean AICARD
choisis, commentés et annotés
par Dominique Amann
Jean Aicard (1848-1921) a laissé une œuvre littéraire très importante, principalement dans les genres de la poésie, du théâtre et du roman.
Provençal de naissance, il a maintes fois célébré sa « petite patrie » et illustré les mœurs de ses concitoyens. À côté de ses ouvrages régionaux les plus connus, il a également produit des contes, récits, légendes, galéjades, nouvelles, généralement publiés dans la presse locale.
L’auteur en rassembla quelques-uns dans L’Été à l’ombre (1895) et d’autres furent enfin réunis dans une publication posthume, La Gueuse des marais (1928).
Tous ces textes sont aujourd’hui bien introuvables par défaut de réédition. Il m’a donc semblé opportun d’en faire émerger au moins quelques-uns de l’oubli qui les a engloutis, accompagnant Jacqueline, un inédit que j’ai découvert très récemment à Los Angeles, dans le fonds de M. William Dailey.