De musica theorica
L’acoustique est la partie de la science qui étudie le son dans ses paramètres physiques, précise les modalités de sa génération, de sa transmission et de sa réception. Elle s’intéresse aussi aux instruments de musique, à leurs caractéristiques et à leurs performances. C’est une science jeune qui s’est formée essentiel-lement au XIXe siècle.
L’acoustique musicale, dans son sens traditionnel, étudie plus spécifiquement la formation des échelles musicales : elle arrange des sons musicaux en étudiant leurs rapports, leurs consonan-ces ; elle offre aux musiciens des gammes typiques, aptes à permettre un véritable discours musical. L’acoustique musicale moderne est ainsi le prolongement naturel de la musica theorica de l’Antiquité.
Je ne partage pas la tendance actuelle et récente qui nomme « acoustique musicale » l’application de la science acoustique à la musique. Émile Leipp, par exemple, a eu le bon goût de titrer son ouvrage traitant de ces questions Acoustique ET Musique... un bon usage à redécouvrir !
Par-delà le tempérament égal
Mon livre, Gammes - Accords - Tempéraments, a connu, depuis sa sortie en 1999, un magnifique succès, au point que le dernier tirage est en voie d’épuisement. Devenu un « classique » de l’acoustique musicale, il a été adopté par de nombreux conserva-toires et le volumineux courrier qu’il a suscité démontre l’intérêt des musiciens pour ces notions trop vite réputées ardues ou inutiles.
Il est certain que Gammes - Accords - Tempéraments n’a pas épuisé le sujet des gammes et que de nombreux chercheurs ou praticiens s’interrogent encore sur le problème si fondamental du partage de l’intervalle d’octave... en douze degrés... ou plus... ou moins !
Si les tempéraments historiques ont apporté, en leur temps, des solutions pour l’accord des instruments à sons fixes, le tempérament le plus usité aujourd’hui – le tempérament égal – génère finalement plus de difficultés qu’il n’en résout :
— pourquoi appeler « égal » un tempérament qui n’est jamais formé d’une suite de douze quintes strictement égales (sauf en cas d’utilisation d’un accordeur électronique) ?
— pourquoi prôner une formule de partage qui, si elle était effectivement réalisée dans sa perfection, n’aboutirait qu’à une monstruosité musicale, toutes les tonalités – censées évoquer chacune un climat particulier – étant alors strictement identiques ?
La recherche doit maintenant dépasser le tempérament égal et proposer, aussi bien mathématiquement que pour la pratique des accordeurs, de nouvelles échelles. Je travaille dans cette direction depuis plusieurs années. S’il est relativement facile d’imaginer des types d’échelles puisqu’il peut en exister une infinité, il ne faut pas oublier le facteur humain : les accordeurs ont en effet leurs habitudes de travail, et les musiciens leurs habitudes d’écoute. Par ailleurs, la grande problématique est de mettre au point les techniques de réalisation à partir d’intervalles suffisamment reconnaissables et réalisables.